Bangkok, Thaïlande / inondations 2011
Le fleuve Chao Praya était sorti de son lit depuis trop longtemps déjà. Les pluies diluviennes qui sévissaient depuis plusieurs semaines pressaient le gouvernement de prendre une décision cruciale ; il fallait ouvrir les digues qui séparaient encore le reste du pays de la capitale Bangkok et gardaient au sec ses 12 millions d’habitants. L’ouverture des digues libérerait l’arrière-pays des milliers de mètres cubes d’eau qui inondaient les terres, mais relâcherait du même coup les flots puissants du fleuve qui fonceraient droit vers la mégalopole. Mais la pression sur les digues était à son paroxysme. Elles devaient être ouvertes.
Dernière soirée du voyage, la ville est en état d’urgence. Le fleuve a commencé depuis quelques jours à déverser son trop-plein de colère dans les rues. Notre quartier n’est pas l’un des plus affecté. Armé de mon appareil photo, je pars explorer la ville en détresse. Mais finalement, je retrouve le même bordel caractéristique à Bangkok, seulement, cette fois-ci, on se mouille.
L’urbanisme rencontre le nautisme. Les voitures font des vagues, les autobus font des vagues plus grosses. Les motos se donnent des allures de sea-doos. Certains enfants se baignent dans l’eau des rues dont je questionne très sérieusement la salubrité. Les déchets flottent. Il faut faire attention de ne pas se blesser aux pieds.
Je me suis arrêté pour réfléchir à quel point ce pouvait être une expérience inoubliable que d’être spectateur d’un désastre d’ordre national sans en être affecté de manière physiologique ou émotionnelle. C’était de pouvoir observer une ville et ses artères se faire assiéger par l’eau pendant que les résidents affrontent la situation avec un calme déconcertant. Ils érigeaient des murs de ciment devant leurs magasins tout en gardant un oeil attentif sur le niveau qui montait lentement mais sûrement. Je marchais à pas lents et lourds, forçant contre la résistance de l’eau qui couvrait maintenant complètement le bas de mes genoux.
Comme on contemple un coucher de soleil scintillant sur la mer, je contemplais le reflet du ciel multicolore sur un cours d’eau urbain. C’est en marchant vers mon hôtel que je me suis retrouvé devant nul autre que «La frousse autour du monde» lui-même, maître Bruno Blanchet. Entre ses cours de Thaï et de Boxe Thaïlandaise, il veillait à ce que les inondations désastreuses d’octobre 2011 n’affectent pas son stand de poutine et de souvlakis.













